Le bon, la truite et le méchant
Alors que les nutritionnistes nous louent les bienfaits du poisson, les organismes environnementaux tirent la sonnette d'alarme à propos de la surpêche. Est-il possible de consommer du poisson de manière responsable? La Cuillère vous guide sur le sujet...
Des mers surpêchées
Nos mers sont surpêchées. Un rapport publié dans le journal Science estime que si l'on continue à pêcher au rythme actuel il ne restera plus de poisson commercialisable d'ici quarante ans.
L'organisme non gouvernemental (ONG) Greenpeace estime que deux pratiques principales contribuent actuellement à la surpêche:
1. Le chalutage
Il s'agit de la méthode de pêche la plus fréquente. Dans les eaux françaises elle est pratiquée par 70% des navires. Il permet une pêche à échelle industrielle et en proportion démesurée par rapport aux ressources de la mer. Autrement dit, l'on pêche plus de poissons que la mer est capable de re-produire. En conséquence, certaines espèces de poissons sont actuellement menacées d'extinction (le thon rouge de la méditerranée par exemple). Les chaluts peuvent également entraîner des dégats sur les fonds marins qu'ils râclent. Autre menace environnementale: la pêche accessoire, à savoir le grand nombre de poissons non commercialisables qui finissent dans les filets des navires et qui sont rejetés dans la mer morts ou blessés.
2. La pêche illégale
Les bâteaux de pêche "pirate" font usage de techniques de pêche illégales, ne respectent pas les saisons de pêche et pêchent dans des zones interdites, avec de lourdes conséquences sur l'écologie marine. Selon Greenpeace, 20% du poisson vendu sur le marché international est susceptible de provenir de pêche illégale.
Le problème de l'élevage - les poissons sont carnivores
L'élevage de poisson en l'état actuel est confronté à un problème inhérent de durabilité. Pour nourrir les poissons produits dans des élevages, il faut d'autres poissons, qui sont eux pêchés en mer.
Selon Greenpeace, pour produire 1kg de saumon, bar ou daurade d'élevage il faudrait 4kg de farine faite à base de poissons sauvages (hareng, sardine ou maquereau). Les élevages se retrouvent donc à utiliser plus de poissons qu'ils n'en produisent.
L'aquaculture peut également avoir des conséquences néfastes sur l'écosystème environnant. Les poissons sont réceptifs aux maladies du fait de la grande densité dans laquelle ils sont élevés. Ils sont donc traités avec des antibiotiques et hormones, ce qui peut polluer l'eau environnante. Quand un poisson s'échappe de sa pisciculture, il peut également contaminer les poissons sauvages au niveau sanitaire mais également génétique.
Les scientifiques et professionnels de l'aquaculture sont à la recherche de solutions durables. Il existe des poissons herbivores, comme par exemple la carpe et le tilapia, qui sont plus éligibles à un élevage durable. Les coquillages comme les moules et les huîtres sont d'autres exemples de produits de la mer qui peuvent être cultivés de manière durable. Une autre voie est celle de l'aquaculture bio (voir chapitre ci-dessous).
Les poissons bio?
Les poissons sauvages ne sont pas certifiables bio car l'on ne peut pas suffisamment contrôler leurs conditions de vie en mer.
En revanche il existe une certification bio pour les poissons d'élevage.
Pour obtenir la certification, les élevages doivent respecter certains critères, notamment:
- nourrir les poissons avec des farines provenant de sources plus durables. En pratique, cela veut dire utiliser des farines faites à base de restes de poissons (après filetage par exemple) destinés à la consommation humaine (mais qui ne sont pas pour le moment forcément des poissons bio) ou à base de poissons pêchés en mer de manière responsable
- une densité d'élevage adaptée à l'espèce;
- une utilisation de produits chimiques, hormones et antibiotiques strictement contrôlée. Avec une densité d'élevage moins importante, les poissons sont moins susceptibles d'être malades; ce qui permet de réduire les doses d'antibiotiques qui leur sont administrées;
- aucune utilisation de génie génétique;
- les écosystèmes environnants sont protégés du mieux possible;
- l'utilisation d'arômes et colorants est interdite. L'utilisation de conservateurs est contrôlée.
La certification bio des aquacultures a été controversée, car il ne s'agit toujours pas d'un processus à 100% durable. L'ONG international WWF soutient qu'il s'agit d'une bonne façon de manger du poisson de manière responsable, alors que Greenpeace reste mitigé sur le sujet.
Alors quoi acheter?
Déterminer si un poisson est "durable" n'est pas toujours facile. Plusieurs facteurs sont à prendre en compte: l'espèce, la saison, le pays d'origine, la taille, la méthode de pêche, la filière de production... Or nous ne disposons pas toujours d'informations complètes sur les poissons en vente. La loi française oblige à afficher pour chaque poisson la zone de capture et la méthode de production (élevage, pêche en mer, pêche en eaux intérieures), mais pas la méthode de capture (ligne, chalut, etc.). En plus le même poisson peut porter deux noms différents (loup / bar ; morue / cabillaud ; plie / carrelet ; roussette / saumonette ; merlu / colin ; églefin / haddock). Dernier point, les différents organismes environnementaux ne s'accordent pas toujours sur les espèces à éviter et celles à privilégier.
Alors pour éviter de transformer votre petit tour au supermarché en thèse de doctorat en biologie marine, voici quelques clés pour vous guider dans vos choix:
1. Les labels
Selon le WWF, tout poisson ou fruit de mer, qu'il soit sauvage ou d'élevage, peut être consommé sans problème, s'il porte un des deux labels cités ci-dessous. A noter cependant la position de Greenpeace: aucun label n'est garant d'un processus de production irréprochable au niveau environnemental.
MSC (Marine Stewardship Council) - label créé par le WWF et Unilever, qui certifie des poissons pêchés de manière "durable". Voici une liste de magasins qui stockent des produits avec le label MSC en France.
Agence Bio - certification française bio des poissons et fruits de mer d'élevage
2. Quelques espèces à éviter et d'autres à privilégier
Nous vous indiquons ici quelques espèces fréquemment trouvées en France. Pour des listes plus exhaustives, consulter les guides que nous vous donnons en lien.
A privilégier:
- Araignée (Golfe de Gascogne)
- Moules et coquillages d'élevage (France, Europe)
- Huîtres d'élevage (France, Europe)
- Carpe d'élevage (Europe)
- Tilapia d'élevage (Europe)
- Saumon sauvage du Pacifique
- Crevette grise (Manche ou Mer du Nord)
- Bar commun, également appelé bar de ligne (Golfe de Gascogne ou Manche)
- Dorade grise de ligne (Golfe de Gascogne ou Manche)
- Lieu jaune de ligne (Golfe de Gascogne ou Manche)
- Sardine (Atlantique Nord Est)
- Thon germon de ligne (Golfe de Gascogne)
- Truite d'élevage (Europe)
A éviter:
- Anguille
- Bar (si pas de ligne)
- Cabillaud/morue
- Crevettes roses des eaux tropicales
- Dorade (si pas de ligne)
- Eglefin (appelé haddock quand c'est fumé)
- Empereur
- Espadon
- Lotte/baudroie
- Loup de mer
- Merlu (Europe)
- Plie/carrelet
- Poulpe
- Raies
- Red Snapper
- Requin
- Sabre
- Saumon Atlantique
- Sole
- Thon rouge
- Turbot sauvage
Des listes complètes:
Pour ceux qui parlent anglais et qui ont un iphone, il existe une application pour vérifier le statut d'un poisson. A notre connaissance, il n'existe pas d'application équivalente française. Si vous en connaissez une, n'hésitez à nous communiquer les détails.
De manu